Coup de chaud sur la Sibérie

Publié le par Antoine Grüner

 

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Ce matin lors de mon petit briefing vinique et Facebookien, je croise un lien de l'excellent François Desperriers du non moins excellent Bourgogne Live.

Ce lien, que voici ------ link , renvois sur le forum LPV ou Hervé Bizeul intervient au sujet de sa demande de ne pas apparaitre dans le nouvel opus du guide RVF.

Il nous dit plusieurs choses intéressantes et auxquelles je souscris volontiers. Les changements incessants de dégustateurs peuvent largement influer sur la cohérence de l’analyse globale d'une région viticole. Les dégustations doivent EVIDEMMENT se faire à l'aveugle pour qu'elles soient justess et qu'elle puissent être franches. Je crois, enfin, que c'est son droit de ne pas vouloir figurer dans ce guide, même si cela correspond au moment ou il serait plus mal noté qu'auparavant...

 

Par contre y'a quand même quelques petites choses qui me titillent la couenne...

Quand je lis par exemple : "J'acceptais de plus en plus mal, enfin d'être jugé sur le fait que je ne crois pas à la puissance des constellations pour décider du jour de ma mise en bouteille, que mes vins "ne soient pas assez vivants" . Je me demande comment Monsieur Bizeul considérait l'attitude de ceux qui insultaient les vignerons biodynamiques lorsque lui était bien traité par l'équipe éditoriale précédente?

Est il monté sur la barricade (historiques en Roussillon) pour défendre ceux qui faisaient différemment? Ceux dont on disait qu'il était des arriérés, des rétrogrades? des illuminés? Ceux qui étaient jugés sur le fait qu'ils travaillaient « pas comme les autres » avaient ils comme défenseurs ceux qui travaillent chimiquement? Je ne me souviens pas que des foules de vignerons "traditionnels" se soient levés pour exprimer leur désapprobation devant ceux qui fracassaient le travail de certains.

A la suite, on peut lire ceci : "Libre à elles de diffuser de telles fadaises ou de défendre un modèle de vigneron "décroissant" et "tourmenté" poursuivant une "quête" personnelle sans se soucier du plaisir du client, celui qui paye, et reste ma priorité".

Celle ci me fait bien rire quand même. J'ai du mal à concevoir qu'un vigneron ne doive faire du vin que pour ses clients. N'est ce pas une quête, justement, que de suivre un chemin sur lequel on veut emmener ses vins?

Je ne suis pas vigneron, je suis un simple dealer de vins, mais celui qui me parle de ses vins en me disant " je fais ce que mes clients veulent", et ben le gars en question je lui achèterais pas de vins. Après, si c'est celui "qui paye" qui décide, peut être serait il heureux de voir certaines cuvées de Mr Bizeul plus accessibles à leurs bourses...

Sommes toutes, ce que je lis de la réaction de Mr Bizeul, c'est que lorsque le style de vin qu'il défend était bien représenté et constituaient le maitre-étalon du Roussillon, tout allait bien. Maintenant qu'un équilibre (léger) se forme, maintenant que la RVF se trouve plus ouverte elle passe directement dans la catégorie "biocon" selon lui. Il me semble qu'Antoine Gerbelle a apporté un vent intéressant mais ce n'est tout de même pas un défenseur des "vins de poney" que je sache.

Je continue de penser qu'il y a encore trop de choses qui me déplaisent dans la RVF mais que ce magazine a eu au moins le mérite de suivre l'évolution du paysage viticole actuel et d'apporter un éclairage sur des vignerons qui le méritent depuis des lustres. 

Et puis un guide est constitué de journalistes qui suivent une ligne éditoriale, comme un journal, l'Humanité ne traitera pas toujours des mêmes sujets que le Figaro et surement pas de la même manière. Il en va de même des choix des dégustateurs, dans un sens comme dans l'autre, mais quand on a le vent dans le dos c'est évidemment plus agréable et on ne se soucis pas de ceux qui l'ont en pleine poire. Mais le vent tourne...

 

Publié dans Humeurs...

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Hervé Bizeul 23/08/2012 14:09

Merci de votre démarche honnête et de vos réflexions pertinentes.

Je pense que nous voyons tous la même chose, l'évidence que l'expression du terroir et de la personnalité du vigneron ne peut se révéler dans un vin industriel, formaté, gavé d'intrants, ni,
d'autre part, dans un vin à défaut utilisant une mode pour tenter d'exister.

Le bon sens nous dirige au milieu du gué, vers des vins sincères où, pour un guide aussi important, la dégustation devrait mêler toutes les expressions et toutes les itinéraires en ne confondant
pas le débat politique, un goût personnel (et Dieu sait qu'il peut changer au fil du temps ou des journalistes), le marketing rédactionnel et l'effet de mode, tout en ayant des règles claires sans
aucune exception, en fonction du prestige des crus ou de la réputation des AOP (Quid des vins osmosés encensés, alors qu'on prône le "naturel" ? Quid des des vins bio-d vendangés à la machine ?
Quid des vns bio irrigués ?)

Pour un caviste, qui assume directement et sans filtre les conséquences de ses choix (le client revient mécontent ou ne revient pas), la situation est bien sûr différente et je me garderai bien de
tout avis, bien que cela me fait un peu sourire que certains refusent à priori de gouter mes vins tant qu'il ne porteront pas l'étiquette bio, délivrée par un système qu'ils sont les premiers à
critiquer : ont il besoin, vraiment, de ces hochets ?

Et un excellent vigneron, bio, qui n'a pu faire autrement en 2012 que de faire un traitement sur une parcelle ou deux, et perd de ce fait son logo vert, sort il des rayons ou des guides ?

Enfin, le rôle d'un guide n'est pas d'influencer (à mon sens, mais cela se discute, bien sûr) les vignerons, ni d'être arbitre des élégances mais à donner un avis bienveillant, même quand il est
dur. On a vu où à mené Parker.. une autre forme de dictature est en route, permettez moi, à ma petite mesure, de poser les enjeux un peu polémiquement.

Gruner antoine 23/08/2012 13:51

Monsieur Bizeul,

Je me permet de commencer ma réponse en abordant la fin de votre commentaire. Je me suis certainement mal exprimé... La ligne éditorial dont je parle concerne le résultat, un gout, une trame que
recherche n'importe quel dégustateur lorsqu'il est confronté à des vins de telle ou telle région. Disons...une idée de ce que l'on aime... C'est une ligne éditoriale qui ne prend en aucun cas en
compte la démarche.
Je vous concède que fut un temps ou les hurluberlus n'était pas bien gouté
ceux qui n'avaient comme référence que des vins maquillés..
Je voulais également vous rassurer, je ne suis pas grand fan, comme vous des vins piqués, brettés ou alors pleins de volatile futile et excessive et ce ne sont pas des vins que je défends sous
prétexte qu'ils sont produits proprement. Mais en écrivant cela vous réduisez un débat qui pourrait être intéressant en le caricaturant à dessein par des propos que je croyais (naïvement) oublié
par les professionnels de la profession (comme on dit).

Quand au sentiment que vous auriez que des vins vivants ou naturels tendent à la négation des terroirs, je ne vais pas vous faire l'offense de vous citer des noms de grands vignerons pratiquant
cette approche et qui sont à l'opposée de la négation de leur terroir.


Je vous souhaite de ne pas confondre les imbéciles qui surfent sur la vague "nature" (vignerons ou vendeurs) et ceux qui sont à l'écoute de leurs terroir et du sens du vin

Cordialement, Antoine .

Hervé Bizeul 23/08/2012 11:50

Cher Monsieur,

Pardon de ne pas consulter mon horoscope chaque matin pour savoir ce qu'il va m'arriver. Pour autant, je n'empêche personne de le faire et n'ai ni admiration, ni mépris pour ceux qui le fond. Libre
à chacun de choisir un itinéraire de production qui lui convienne.

Je ne fais pas du vins "en fonction de ce que mes clients me disent avoir du plaisir de boire", encore que je ne vois pas où serait le mal, mon rôle n'étant pas, il me semble, de faire des vins
pétillants, piqués, brettés ou plein de volatils, que ceux ci seraient obligés de boire au prétexte que la démarche qui a conduit à leur production était la bonne. Je fais les vins que je fais
parce que mon terroir l'exige, fait des vins comme ça depuis 5 siècles et que j'ai trop de respect pour mon terroir et mes raisins pour décuver en aout pour plaire à des gens de passage. Je fais
cela parce que mon terroir l'exige. Point.

Ma démarche environnementale ne concerne que moi et ne doit pas être une justification de "qualité". Mon vignoble respecte bien plus de règles bio-d (du simple bon sens) que certains labélisés qui
achètent leur bouse de corne sur internet, j'emplois moins de soufre que certains vins "nature", la bio-diversité et la polyculture n'est pas chez moi une théorie et mes vins, analysés à la mise,
n'ont pas de résidus, préférant une obligation de bonne fin à une de moyens, suite à ce que je vois ici et là.

Là n'est pas le soucis, vous le savez bien, et l'avis d'un journaliste ne change rien, de toute façon, à la certitude que j'ai que mes vins soient bons, je n'ai pas besoin de ça, mes clients
suffisants à me rassurer.

Je ne pense pas que dans mon département, les bio aient été ostratisés et limiter le débat à cela me semble réducteur. Libre à la RVF de faire un guide des vins bios si elle le souhaite.

Le problème ne vient pas du "j'aime ou j'aime pas", rôle du critique, mais est il toujours dans sont rôle quand il annonce : "désormais, un vin du Roussillon ou de Bourgogne, où d'ailleurs, doit
être comme cela pour me plaire".

C'est à mon sens la négation la plus extrème du terroir et de la personnalité du vigneron, quelque soient ses convictions, et cela, personnellement, je ne l'accepte pas.

Cordialement, hervé bizeul

P.S. : merci beaucoup, par votre billet, de confirmer qu'il y a bien une ligne éditoriale qui ne juge pas le résultat mais la démarche...

Laurent 23/08/2012 11:13

M. Bizeul n'en est pas à la rédaction de ses premières inepties, il est coutumier du fait. C'est de l'opportunisme pur et dur, et personne n'est dupe. J'en viendrais presque à te reprocher d'avoir
perdu ton temps à le rappeler... ;-)