Gens de Bistrot, 1ère Tournée !

Publié le par Antoine Grüner

Pour qu'un espace de quatre murs reçoive le noble qualificatif de "Bistrot" il lui faut plus que des pompes à bières, du jaja et un comptoir.
C'est une question de patron ou de patronne, une question de sourires...ou pas, de jactance, de magie aussi. Mais c'est surtout une question de personnes, ou plutôt de personnages...

Qui compose ces troquet que l'on anoblie un soir de grande virée ?
Ce sont ceux qui décrètent que "définitivement", et jusqu'à dessaoulage matinale : "ton Bistrot Jeannot, c'est le roi des Bistrots, c'est la caverne au Cabernet, l'ile aux trésors du Lillet ." .
S'en suivent alors des mots doux, des mots d'amour à destination du quidam au comptoir, à ce moment considérer comme le philosophe le plus perspicaces de ce siècle par le "pilier anoblissant".
Raisonnent aussi les déclarations les plus folles sur la grandeur d'âme du patron de bouclard (on atteindra le paroxysme dans le cas d'une patronne)...

La patronne ou le patron, les clients de tous types... Le Français moyen, le contradicteur véhément, le "Coluchien" inconscient, les vieux, la femme timide, le couple, l'intellectuel, le voisin, les lycéens, le philosophe, et tout autre personnage qui sortirait d'un bouquin ou de votre imagination. Et bien ceux là vivent pour de vrai dans nos Bistrots.

Les Bistrots les on tous connus, c'est un passage obligé pour tous les originaux du monde...


Débutons ce passage en revue des troupes par "le contradicteur véhément" :

Celui ci est d'un genre "client d'angle".
Ce positionnement lui permet d'entendre ce qui ce dit à la gauche ET à la droite le long du comptoir.
On pourrait presque lui placer une plaque à son nom en cet endroit hautement stratégique.

Si un client de passage a le malheur de poser ses arpions à SON emplacement, il prendra bien soin de se mettre au comptoir, au plus près de l'intriguant.
Il développe alors une technique bien a lui. Il souffle, ronchonne, dispense à intervalles réguliers des petits coups de coude bien dosés; si bien, qu'ils semblent innocents.
Il parle fort, se moque de l'impoli... En général, au bout de 10 minutes de ce traitement, le colonisateur se barre et laisse enfin la place à qui de droit.

C'est alors que le visage du type se fend du sourire satisfait de celui qui se voit rétabli dans son bon droit, et déclare alors à la cantonade : "patron, la complète" (la complète se composant d'un café et d'un Cognac) .

Ce gars là, s'il cherche à capter toutes les conversations, de droite ou de gauche, c'est qu'il est là pour contredire. C'est sa fonction dans le microcosme du Bistrot.
Il s'immisce dans une conversation, prend à son compte un avis contraire à ce que déclare sa cible, s'insurge, s'indigne, pousse des hauts cris, tourne autour du sujet sans jamais rentrer dans le fond de la discussion, il joue aux équilibriste, entre mauvaise fois et décibels. Et surtout, il ne doit jamais être d'accord avec son voisin de comptoir, sinon le plaisir serait absent.
Son grand truc, c'est le faux départ.
Il fait mine de couper net une conversation et ceci "devant la mauvaise fois évidente" de son contradicteur, pour mieux la reprendre sans avoir omit de gratifier l'assistance d'un aller/retour de trois pas maximums... L'effet de manche est plus courant au comptoir qu'au tribunal...

Ces effets et autres galéjades ont pour but de le montrer comme un homme qui n'a pas de temps à perdre, un homme d'actions et de convictions, au contraire de ses interlocuteurs qu'il accuse à tout coup de "parler pour ne rien dire" .

Ce gars là, tu aurais envie de le foutre dehors pour sa mauvaise fois, son envahissement auditif, son sans gêne, mais tu le garde parce qu'on ne met jamais les artistes à la porte, quelque soit leur spécialité.

Publié dans Têtes de Comptoir

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