Menteurs les cavistes et bistrotiers??

Publié le par Antoine Grüner


Menteurs les Cavistes et Bistrotiers ?? "Oui j'ai terminé mes devoirs", "non, je rentrerai pas après minuit", " ok j'irais en droit" , "mais non mon amour, je te promet, je ne connais pas cette Zahia" ... Bref, depuis toujours on me dit de ne pas mentir, et bien tant pis, je continue. Quelques uns de mes collègues et néanmoins amis persistent dans une démarche de vente qui m'agace un poil. Je m'explique : Quand un client vient à nous pour chercher conseil ou se faire plaisir avec un bon vin, petit ou grand, cher ou pas cher, connu ou pas, doit-on lui préciser que le vin qu'on lui sert ou qu'on lui vend est naturel, vivant? "Attention, vous allez voir c'est un vin extraordinaire MAIS c'est un vin naturel", ou encore "Faites attention c'est un vin pas comme les autres". Pourquoi prendre des précautions si inutiles et qui ne servent qu'à stigmatiser encore un peu plus les vins produits par des vignerons que l'on défend? Le vendeur (pas caviste, évidemment) de chez NICOLAS ou autres supermarchés du "vin" précise t-il à son client que le vin qu'il lui vend est produit à des centaines de milliers de bouteilles, qu'il contient tels produits chimiques, que les raisins qui le compose ont été ramassés à la machine, et que le cas échéant ils ne sont pas murs? Indique t-il les procédés d'osmose inverse ou autres manipulations que les jus ont subit? Non, il se contente de mettre en avant l'étiquette et parfois la célébrité du cru. Il ne fait pas un travail de caviste mais il ne dévalorise pas non plus son "produit". À l'inverse je vois tant et tant de collègues préciser toutes les précautions à prendre pour ouvrir et boire des vins propres, comme si le danger venait de nos vins. Comme si il fallait se méfier de ces vins si bizarres qu'ils sont propres. Comment expliquer à un client que ces vins sont sains, que leur mode production leur permet de proposer des arômes véritables si on se "défend" et qu'ainsi on installe une méfiance dans la tête du client? Ne pas préciser, comme on avertirait d'un éventuel défaut, que nos vins ne sont naturels, vivants et libres me semble être la bonne attitude. Comme pour tous les types de vins, ce que l'on recherche c'est à connaitre les goûts de nos clients pour les conseiller au mieux. Connaitre leurs goûts, le type de vins qui leur convient, bref ce qu'ils aiment ou pas. Si par une attitude trop frileuse nous donnons l'impression que pour apprécier les vins que l'on aime ils doivent "passer un Everest" en se méfiant de l'inconnu, on se saborde et on stigmatise nos vins. Ceci ne doit pas exclure les conseils de dégustation habituels, de carafage, de conservation, de "dégazage" éventuel, de température de service. Mais pourquoi, encore une fois serait-ce à nous de préciser ce qu'il y a (ou qu'il n'y a pas, en l'espèce) dans nos bouteilles? Les cavistes qui vendent des vins "chimiques" ne le disent pas. Ce sont eux qui vendent des vins bizarres, pas nous.

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miralou 18/04/2012 16:25

Exact, mais il faut montrer l'exemple ! Le jour ou ils seront obligé d'écrire précisément les saloperies qu'ils mettent dans leur vin on va rigoler :-)

Grüner antoine 18/04/2012 08:39

Concernant les étiquettes et le descriptif précis des interventions, des dosages de So2 libre et total ou tout autre intervention, je ne connais en effet que les vins de Cyril Alonso de P.U.R qui
sont décortiqués de manière chirurgicale .

Cependant, dans le même esprit, je verrais d'un meilleur œil que les vins produits avec intrants ou autres produits soient dans l'obligations, eux de l'écrire.

Miralou 17/04/2012 11:50

En effet, je pense qu'il ne faut pas parler de risque, mais pourquoi ne pas avancer les qualités ? Madame, Monsieur, ici vous ne trouverez que des vins libres, sans ajouts de produits chimiques et
issus de raisin cultivés dans une dynamique biodynamique. Il se peut que ce type de discours attise la curiosité, ou atténue l'exigence au premier abord, car même si le vin est bon, c'est comme si
je donne un fromage au lait cru à quelqu'un qui mange de la mozzarella coupée à l'huile de palme depuis des années, l'explosion de gout va forcément le dérouter. En tout cas, même si je respecte
votre approche, je suis en revanche persuadé que les étiquettes de vins nature devraient être très précise et donner dans le détail les interventions éventuelles et la composition précise du vin.
Nous décrions les vins conventionnels et industriels, nous devrions être exemplaires et prendre une longueur d'avance en étant irréprochable et transparents.

Grüner antoine 17/04/2012 08:30

Bonjour,

Je comprend bien le sens de votre commentaire. Cependant, prévenir, c'est prendre le risque de gâcher. Gâcher une 1ère rencontre, une joie qui pourra s'exprimer de la 1ère gorgée d'un vin libre, et
c'est prendre un grand risque de gâcher ces instants que de parler techniques, et surtout risques. Risques de gaz, risques de dépôt, risques de turbidité, risques de réduction, d'oxydation...somme
toute, des risques liés à l'élaboration et la consommation d'un vin...
Je reconnais qu'il est plus facile à un bistrotier de servir un verre à l'aveugle et d'echanger APRES avec son client, de donner d'autres "explications", qu'un caviste. Ce dernier n'est pas présent
lorsque son client goute, et ne peut pas lui faire des renvois immédiats.
Et puis si on peut dire que les vins de ou d'autres peuvent êtres troubles, gazeux a l'ouverture, en tout cas visiblement libre, ce n'est pas le cas pour les vins d'un Julien Guillot par exemple,
ou encore d'un Philippe GOURDON qui offrent toutes les qualité visibles et gustatives de stabilité. Que dire pour ces vins là? Faut il aussi crier attention? Je le crois encore moins.

Cordialement, et merci de me lire.

Miralou 16/04/2012 17:07

Cher Antoine,

Je dois dire que je suis pas du tout en phase avec ces propos, je ne pense pas que le client lambda est en capacité culturelle, comportementale, habituelle de passer brusquement d'un vin dit
conventionnel à un vin dit nature...Je pense que c'est une façon bien trop abrupte de transmettre ce que l'on aime aux gens. Il est pour moi totalement improbable de servir un vin nature à un
client sans lui joindre le petit discours qui va avec. Pour moi, ces vins devraient même être accompagnés d'une contre étiquette indiquant les analyses et les produits qu'il contient pour pouvoir
se démarquer des autres ! Comment annoncer à un client qu'il va devoir éventuellement dégazer son vin s'il n'est pas au préalable prévenu du pourquoi du comment...Pour moi l'idéal vient de la
transition douce, à part certains esprits vifs, personne ne vient du jour au lendemain du conventionnel au nature. Il faut des vins de transition, amenés avec talent et pédagogie par un ami, un
vigneron ou un caviste...il faut une prise de conscience, sortir des sentiers battus, du gout préfabriqué que l'on nous assène chaque jours dans les supermarchés. Ne pas préciser que l'on est
différent à la base, c'est oublier le socle de ce que l'on défend.